Le Centre d’Accueil et de Crise Ginette Amado est maintenant fermé
Le 10 juillet dernier, le Centre d’Accueil et de Crise (CAC) Ginette Amado a définitivement fermé ses portes. En quarante ans d’existence, cette structure avait fait ses preuves en tant que pionnière du secteur psychiatrique, au cœur du 6ème arrondissement de Paris, rue Garancière. Malgré la mobilisation des soignants et une tribune signée par de nombreux acteurs locaux et représentants politiques, le gouvernement n’a pas transigé : l’équipe du CAC a été démantelée et les personnels dispersés dans d’autres centres hospitaliers. Une structure de soins n’est pas une simple ligne budgétaire dans les documents du ministère de la Santé, ni un ensemble d’individus interchangeables, mais un collectif de praticiens et praticiennes fort d’une expérience accumulée depuis plus de trente ans. On a aujourd’hui sacrifié cette expertise, et le suivi de plusieurs milliers de patients avec.
Face à la menace de fermeture, Sophia Chikirou avait interpellé la ministre de la Santé par une question écrite au gouvernement. Elle y rappelait que le CAC Ginette Amado constituait un maillon essentiel de la psychiatrie publique de secteur — un accueil de proximité pour des personnes en détresse psychique, un rôle déterminant pour prévenir la multiplication des passages aux urgences et des hospitalisations longues. Elle alertait sur la réorganisation décidée sans aucune concertation avec les organisations syndicales, qui dénonçaient la suppression de l’accueil de nuit et de week-end ainsi que la fin de l’hospitalisation sur place. Le Conseil de Paris avait même adopté à l’unanimité un vœu demandant le maintien d’un CAC ouvert 24h/24 et 7j/7. Sur la base de ces éléments, Sophia Chikirou demandait au gouvernement d’intervenir auprès du GHU Paris psychiatrie & neurosciences et de l’ARS Île-de-France pour suspendre la restructuration.
La réponse de la Ministre de la santé au sujet du CAC Ginette Amado
La ministre a répondu début juillet. Faisant feu de tout bois pour justifier la restructuration, elle affirme qu’il n’a jamais été envisagé de remettre en cause l’existence du centre, mais bien plutôt, selon ses mots, de « consolider durablement » le dispositif tout en l’adaptant aux besoins de la population. Elle assure également que les patients du secteur continueront d’être pris en charge, les lits d’hospitalisation ayant été redéployés sur le site de Sainte-Anne, avec la sanctuarisation de trois lits dédiés aux habitants des 5ème, 6ème et 7ème arrondissements.
Cette réponse ne résiste pas à l’épreuve des faits. Fermer un dispositif, vider son équipe et couper la ligne téléphonique qui permettait aux patients de le joindre facilement, ce n’est pas ainsi que l’on « consolide durablement » un centre de soins. Les patients du CAC ont besoin d’un suivi fondé sur une relation de confiance construite dans la durée, un élément indispensable aux parcours de soins en psychiatrie. Le gouvernement rompt brutalement ce lien, et rien dans la réponse ministérielle ne laisse présager sa reconstitution.
Madame la Ministre se veut rassurante : le centre d’accueil Sainte-Anne pourra absorber la fermeture du CAC. Cette affirmation révèle un profond décalage avec la réalité. Le mois dernier encore, le service des urgences psychiatriques de Saint-Anne et le centre psychiatrique d’orientation et d’accueil étaient en grève pour dénoncer le manque de lits et des conditions de prise en charge indignes. La nuit, 21 patients sont accueillis pour seulement 5 lits. Telle est la situation de Saint-Anne, que la ministre affirme apte à accueillir le report de patientèle du CAC Ginette Amado.

Enfin, la ministre invoque l’ouverture prochaine d’un nouveau site rue Garancière, qui disposera d’une offre ambulatoire enrichie. Pourtant, cette ouverture n’est annoncée que pour le mois de novembre, laissant les patients dans l’incertitude totale, sans aucune prise en charge dans l’intervalle. Quatre mois d’incertitude, c’est très long lorsqu’on a besoin d’un suivi psychiatrique approfondi — d’autant plus que ce transfert du suivi médical fragilise justement ce qui constitue, en psychiatrie, des conditions de soins à part entière, à savoir la stabilité des équipes et la relation soignant-patient.
À cela s’ajoute un dernier élément qui donne à cette fermeture une haute portée symbolique : elle intervient dans un contexte de canicule qui fragilise grandement les personnes à risque. Chaque épisode caniculaire — de plus en plus fréquent — engorge davantage les services d’urgence et complique la prise en charge. Au lieu de sabrer dans les dispositifs existants, il aurait mieux valu les renforcer. Que le gouvernement choisisse ce moment pour acter la disparition du centre Ginette Amado en dit long sur la place réellement accordée à la santé mentale et aux enjeux sanitaires en général. Pour les tenants du néolibéralisme, la santé mentale n’est qu’une variable d’ajustement budgétaire, davantage perçue comme un poids pour les finances publiques que comme un pilier essentiel de notre modèle social.