Le centre D’Accueil et de Crise Ginette Amado est en danger
Le développement de la prévention, l’amélioration de l’accès au soin et l’accompagnement des personnes, voilà ce que nous avait promis Emmanuel Macron lorsqu’il faisait de la santé mentale sa “Grande Cause nationale”. Comme souvent lorsqu’il promet monts et merveilles, le Président de la République semble bien plutôt avoir relégué la santé mentale au rang de petite cause nationale.
La contradiction entre effets d’annonces et politiques réellement menées montre à quel point malgré de belles promesses, l’austérité et la coupe dans les budgets ont eu au final le dernier mot : aucune mesure concernant la santé mentale n’est présente dans le PLFSS (Projet de loi de financement de la sécurité sociale), la stratégie spécifique pour la santé mentale, ne s’est vu quant à elle que dotée d’un budget de 65 millions d’euros et le budget alloué au label “Grande Cause nationale” n’a même pas été précisé. Un enjeu qui n’a de la “Grande cause” que le nom, puisque les budgets adoptés depuis 2025 refusent de mettre en place un véritable plan de prise en charge. L’ensemble des professionnels de santé pointent l’insuffisance des moyens humains et financiers dédiés à ce domaine. Et pour cause, en 14 ans, plus de 7 000 places en psychiatrie ont été fermées et 30% des postes en psychiatrie sont désormais vacants.
Dans ce contexte de saignée des budgets ayant une conséquence directe sur la vie des personnes, le centre d’Accueil et de Crise Ginette Amado se révèle être indispensable à la prise en charge de ceux qui le nécessitent. Créé en 1981 dans une aile du Sénat, le centre constitue une expérience avant-gardiste qui privilégie l’accompagnement humain et la continuité des soins plutôt que de se perdre dans les impasses de l’enfermement : les délais de prise en charge rapides et sans rendez-vous participent à endiguer une ambiance stigmatisante pouvant exister dans les centres ambulatoires à forte pression hospitalière. En 2019, le centre accueillait 1 400 patients, soit autant d’hospitalisations évitées. Il offre des possibilités de soin d’urgence de proximité qui, ainsi, permet d’éviter le passage par les centres ambulatoires ou les hôpitaux. Le système s’inscrit dans une logique du “mieux vaut prévenir que guérir”. Ainsi, le centre Ginette Amado a un double effet positif : la qualité de la prise en charge ainsi que le désengorgement des hôpitaux.
Pourtant, alors que l’efficacité du centre d’Accueil et de Crise n’est plus à prouver, les politiques de rationalisation budgétaire ont poussé le groupement hospitalier universitaire Paris Psychiatrie & Neurosciences (GHU) et l’ARS à bouleverser son fonctionnement en le transformant en centre ambulatoire de jour. Cette refonte comportera l’arrêt de l’accueil 24/24h, actant la fin de l’accueil de nuit, ainsi que le transfert de l’ensemble des lits restants au sein des locaux du GHU.
Alors que la santé mentale se révèle être un enjeu majeur pour nos sociétés modernes, les coupes budgétaires auront donc eu raison du plus ancien centre d’accueil de crise parisien. La précarisation, la détérioration des conditions de travail et plus largement les politiques néolibérales menées depuis plusieurs décennies ont entraîné une hausse des troubles et maladies psychologiques : la dépression touche un sixième de la population, dont un quart de nos jeunes tandis que le temps d’attente pour un rendez-vous en Centre médical psychologique peut atteindre les 3 mois.
La France insoumise, à l’Assemblée nationale comme sur le terrain, s’oppose à cette destruction méthodique qui met en danger nos concitoyens. En début d’année, Sophia Chikirou déposait une question écrite au gouvernement concernant la situation du centre, toujours sans réponse. De plus, nous proposons un plan nationale de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie avec le renforcement des moyens financiers et humains dans les services extra-hospitaliers et hospitaliers, la simplification des parcours de soins en santé mentale ainsi que l’augmentation du temps allouée à la psychiatrie dans les formations des métiers du soin.
En ce sens, Sophia Chikirou et les députés insoumis, avec de nombreux professionnels de la psychiatrie et de la psychologie, ont signé une tribune visant à annuler la refonte du centre d’accueil et de crise Ginette Amado.
La santé mentale n’est pas un enjeu secondaire. Elle est le produit de nos conditions d’existence – précarité, isolement, dégradation du travail… Fermer le centre Ginette Amado, c’est faire payer les plus fragiles sur l’autel de la rigueur budgétaire.