Trump piétine le droit international et affaiblit les Nations unies.
À l’issue de nombreuses auditions menées à l’Assemblée générale des Nations unies, j’ai défendu en commission l’idée que, face à la loi du plus fort, la France doit défendre l’ONU et le multilatéralisme. Cela passe par un renforcement des financements et une réforme de la gouvernance du Conseil de sécurité.
Présentation du rapport sur le déplacement effectué par une délégation de la commission à New York à l’occasion de la 80ème Assemblée générale des Nations unies
« Je n’ai pas besoin du droit international », a fait savoir la semaine dernière au New York Times le président américain Donald Trump.
La formule est brutale. Elle résume ce que beaucoup de nos interlocuteurs à New York nous ont dit : avec l’administration Trump II, les États-Unis opèrent un virage net vis-à-vis des Nations unies, au profit d’une approche transactionnelle — une doctrine de la loi du plus fort, qui traite le droit international comme un obstacle.
Depuis le début de ce second mandat, les signaux s’accumulent : examen des participations américaines, retraits d’instances, démantèlement de l’USAID, et réduction ou suspension de paiements.
Et ce n’est pas seulement un retrait : c’est l’affirmation d’un nouvel impérialisme. Dans cette logique, le Conseil de sécurité risque d’être réduit à une chambre d’enregistrement d’accords conclus ailleurs. Nous l’avons vu avec la résolution endossant un plan américain sur Gaza et autorisant la création du fameux « Conseil de la paix / Board of Peace ».
Les événements postérieurs à notre déplacement confirment l’ampleur du basculement : opération américaine au Venezuela et enlèvement du président Maduro, menaces sur l’Amérique latine au nom de la doctrine dite « Monroe », menaces sur le Groenland. C’est la perspective d’un monde où la paix serait marchandisée et soumise au bon vouloir des puissants.
Face à cela, trois réponses.
Premièrement : le non-alignement
Cela ne veut pas dire ne pas choisir ; cela veut dire choisir le droit contre la loi du plus fort. Cela veut dire parler d’égal à égal, y compris aux États-Unis, et refuser que la politique étrangère française se réduise à la logique de blocs et à la course aux armements.
C’est dans cet esprit que je suis favorable à une sortie progressive de l’OTAN, en commençant par son commandement intégré. À quoi rimerait-il de rester dans une alliance militaire conduite par une puissance dont le président revendique de se placer hors du cadre du droit international ?
Dans le même esprit, l’idée même d’entrer dans un « Conseil de la paix » parallèle à l’ONU — ou plutôt opposé à l’ONU — doit être rejetée sans ambiguïté. La France a refusé d’y participer : c’est une bonne chose. Il faudra tenir cette position et construire un refus collectif, en rassemblant une coalition d’États attachés à la Charte des Nations unies.
Deuxièmement : défendre l’ONU, ce n’est pas applaudir une réforme d’austérité.
Le rapport est explicite : la réforme ONU80 engage les Nations Unies dans une contraction brutale — baisse de 15 % du budget, près de 20 % des effectifs, baisse drastique des moyens des opérations de paix. Je le dis clairement : non, on ne fera pas « mieux avec moins ». L’austérité, c’est l’affaiblissement : des opérations de maintien de la paix non assurées, des interventions humanitaires en moins, une diplomatie affaiblie.
Si nous voulons une ONU forte, nous ne pouvons pas accepter qu’elle dépende de contributions volontaires réversibles, ni qu’elle se tourne vers des « partenaires privés » pour survivre. Il faut augmenter et sécuriser notre contribution, à rebours de ce qui a été fait sur l’aide au développement. Et il faut aussi porter une exigence simple auprès des grandes puissances : payer leur dû, solder leurs arriérés, et renforcer leurs engagements. On ne peut pas défendre l’ONU en la mettant au régime sec.
Au-delà de l’État, nous pouvons mobiliser nos territoires : régions, communes, coopération décentralisée. La paix et la solidarité ne se décrètent pas : elles se construisent et elles se financent.
Troisièmement : la France doit être à la pointe d’une vraie réforme des Nations unies.
Le « double standard » dénoncé par de nombreux États émergents ou du Sud n’est pas un détail : c’est un poison. Beaucoup de pays longtemps écartés des centres de décision demandent un rééquilibrage : plus de représentativité, plus d’équité, et l’application effective du droit international.
Sans cohérence, impossible de construire des coalitions sur le climat, la dette, les migrations, la paix.
Le désengagement américain, aussi dangereux soit-il, ouvre aussi une fenêtre politique : celle de prendre le leadership d’un mouvement de révision et de rééquilibrage du multilatéralisme. Mais cette révision ne peut pas être une cure d’austérité, on ne réforme pas l’ONU en la diminuant.
L’heure, collègues, n’est pas aux incantations mais aux choix. Soit nous acceptons un monde de « deals » imposés par les Etats-Unis, soit nous défendons un monde de droit. Pour ma part, je choisis la Charte des Nations unies, le multilatéralisme et la paix, et j’appelle la France à tenir une ligne claire : non-alignement, refus de toute « ONU bis », refus de l’austérité budgétaire, et engagement résolu pour une ONU plus forte et plus équilibrée.