Intervention lors du débat sur le thème “ Réforme de l’aide sociale à l’enfance”
« La Nation garantit à tous, notamment à l’enfant, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. »
C’est le préambule de notre Constitution. C’est un engagement solennel de la République.
L’Aide sociale à l’enfance est la traduction en actes de cet engagement de la Nation.
Que sont les actes, quelle est la réalité ?
Alors que près de 400 000 enfants et jeunes majeurs dépendent de l’ASE confiés à la République, les moyens alloués par l’Etat sont de l’ordre de 2 euros par jour par enfant. Alors qu’on sait qu’un enfant dans sa famille nécessite plus de 600 euros de dépenses pour son « entretien », l’Etat accorde à ses enfants, ceux dont il a la tutelle, seulement 60 euros par mois. 10 fois moins que ce dont il a besoin. Seulement 3% du budget du dispositif.
Le reste est au petit bonheur la chance.
Les résultats de cette politique, qui est plutôt un désengagement organisé, d’ailleurs, sont dramatiques :
- Plus de 3 000 d’entre eux vivent déjà à la rue ;
- Plus de 40 % des jeunes sans-abri de 18 à 25 ans sont issus de l’ASE.
- Dans la prostitution, les études montrent que 20 à 40 % des jeunes concernés sont passés par la protection de l’enfance.
- En prison, environ un quart des personnes détenues ont connu un placement à l’ASE dans leur enfance.
- Et combien finissent addicts, hospitalisés en psychiatrie, brisés, parfois morts ?
Ce ne sont pas des trajectoires individuelles malheureuses. Ou des destins tragiques. Ce sont les conséquences directes d’une politique qui mêle mépris social, désintérêt humain voire électoral, et de plus en plus racisme. Pourtant, c’est souvent au nom de décisions de justice prises pour les protéger qu’on jette ces enfants dans pire. Parfois pire.
Des enfants déplacés de foyer en foyer, des parcours disloqués, des jeunes qui se suicident seuls dans des chambres d’hôtel. Des enfants agressés, humiliés, invisibilisés. Et des professionnels épuisés, écœurés, qui tiennent encore par sens du devoir.
Et ne nous racontons pas d’histoire : les collectivités ne sont pas toutes irréprochables. Certaines font, certaines font mal, certaines ne font pas.
La décentralisation, sans garanties nationales fortes, a produit une loterie territoriale. Selon le département où vous tombez, vous êtes accompagné, ou vous êtes abandonné.
Prenons un exemple très concret : l’âge de sortie de l’ASE. Dans certains départements, on met les jeunes dehors à 18 ans, parfois du jour au lendemain, sans logement, sans ressources, sans accompagnement. Dans d’autres, on va jusqu’à 21 ans, parfois plus.
Même pays. Même République. Destins radicalement différents.
Alors je pose la question, franchement, à celles et ceux qui nous écoutent :
– Soit ce sont nos enfants.
Et dans ce cas, qui ici mettrait son propre gosse dehors à 18 ou 21 ans, sans rien, sans toit, sans revenu, sans filet ?
– Soit on les considère comme une charge et ne nous étonnons pas qu’ils finissent à la rue.
La commission d’enquête parlementaire de 2025 l’a dit sans détour : il faut tout refonder, et remettre les besoins de l’enfant au centre. Si le diagnostic est partagé, alors la question est simple : qu’attend-on pour agir ?
La protection de l’enfance ne se joue pas uniquement derrière les murs d’un foyer. Elle se joue aussi à l’école, dans le périscolaire, dans tous ces espaces du quotidien où l’on a laissé s’installer la précarité, le sous-effectif, l’absence de formation et de contrôle.
Là encore, l’État s’est retiré. Le fonds de soutien au périscolaire est passé d’environ 381 millions d’euros il y a dix ans à 41 millions en 2022, avant d’être purement supprimé en 2025.
C’est une politique de retrait systématique, partout où les enfants auraient dû être protégés.
Ce que je crois urgent de mettre en avant : ce sont des garanties nationales opposables. Stop à la débrouille locale. Stop aux inégalités territoriales. L’État doit reprendre sa part et garantir la même protection, partout, pour tous.
Dans chaque grande ville, et à Paris, où près de 10 000 jeunes relèvent de la responsabilité municipale, dont un sur deux placé hors de la ville, nous proposons un code public de la protection de l’enfance et un fonds pluriannuel pour planifier, sécuriser et financer durablement les prises en charge.
Et puisque ce débat a été proposé par le Rassemblement national, je veux être parfaitement claire : la protection de l’enfance ne trie pas entre enfants “d’ici” et enfants “d’ailleurs”.
À Paris, plus de 30 % des jeunes suivis par l’ASE sont des mineurs non accompagnés. Ce sont des enfants en danger. Ils dorment dehors encore cette nuit alors qu’il fait froid, très froid. Les traiter comme des suspects, contester leur âge comme seule politique, les remettre à la rue lorsqu’ils contestent une décision, est une politique raciste, purement raciste. Qui a pour seul et unique fondement que la déshumanisation, le refus de l’enfance, à des personnes venues de l’étranger.
La présomption de minorité, l’hébergement, la scolarisation, leur sont dus. Et c’est mieux si on veut qu’ils deviennent des adultes intégrés et émancipés.
De plus, Protéger, cela veut dire contrôler. Il faut des contrôleurs indépendants des lieux de placement, avec droit de visite sans préavis, et des contrats pluriannuels transparents quand des missions sont déléguées.
Protéger, cela veut dire donner aux professionnels les moyens de faire leur travail : recruter, revaloriser, former au psycho-trauma, au repérage, y compris dans le périscolaire.
Et protéger, enfin, cela veut dire empêcher les sorties sèches. Une protection qui s’arrête le jour des 18 ans est une protection qui échoue. Nous devons garantir un accompagnement réel vers l’autonomie (logement, santé, formation) jusqu’à 25 ans. Et nous devons empêcher que des jeunes sortis de l’ASE se retrouvent sans revenu donc il faut leur accorder un revenu de solidarité jusqu’à 25 ans.
Collègues, nous n’en sommes plus à des ajustements techniques. Nous sommes face à un choix de société. Ces enfants ne sont pas des enfants “à part”. Ce sont nos enfants.