Paris n’est pas une ville comme les autres. Paris est une ville politique. Une ville internationaliste. Une ville qui, dans son histoire, a accueilli celles et ceux qui luttent, celles et ceux qui résistent, celles et ceux qui sont menacés parce qu’ils ont des convictions.
À Paris, les militants politiques, les syndicalistes, les opposants, doivent pouvoir trouver refuge, pas la mort.
Et pourtant, le 9 janvier 2013, au cœur de Paris, Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Şaylemez ont été assassinées. Trois femmes. Trois militantes. Trois vies fauchées pour ce qu’elles représentaient.
Les assassinats politiques n’ont jamais pour seul objectif de tuer.
Ils visent à faire taire. Ils visent à terroriser. Ils visent à désorganiser, à casser des réseaux, à empêcher l’organisation d’une opposition politique.
En exécutant, ici, à Paris, trois femmes engagées dans la cause kurde, un message devait être envoyé. Un message de peur. Un message de dissuasion. Un message adressé à toutes celles et ceux qui s’organisent, qui résistent, qui refusent de se soumettre.
Mais la seule réponse possible, pour toutes les femmes et tous les hommes qui ont des valeurs, des convictions, une conscience politique, c’est le courage. Le courage de résister, de continuer, de ne pas se taire.
Et ce courage, il est là. Chaque année, depuis plus de dix ans, ici, à Paris, dans nos rues, il défile. Il s’exprime. Il refuse l’oubli. Il refuse le silence. Il refuse l’impunité.
Mais ce courage-là nous oblige aussi, nous, élus et représentants politiques.
Il nous oblige à exiger la vérité et la justice.
Il nous oblige à exiger la levée du secret-défense, qui empêche encore aujourd’hui que toute la lumière soit faite sur ces assassinats commis sur le sol français.
On ne peut pas dire que Paris est une ville refuge tout en acceptant que des crimes politiques restent sans réponse. On ne peut pas revendiquer l’internationalisme et fermer les yeux quand le droit est piétiné pour des raisons diplomatiques. Notre pays, comme la Ville de Paris, doivent faire respecter le droit international et la loi, sans exception, sans calcul.
C’est pourquoi nous ferons de Sakine Cansız, de Fidan Doğan et de Leyla Şaylemez des citoyennes d’honneur de la Ville de Paris, à titre posthume.
Parce que leur engagement, leur courage, leur combat, font partie de l’histoire politique de cette ville. Vérité. Justice. Courage. C’est ce que Paris leur doit.